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La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) ouvre un nouveau front. Le procureur spécial Alphonse Charles Wright a ordonné, ce mercredi 15 juillet, l’ouverture d’une enquête préliminaire sur de présumés faits de détournement de deniers publics, de corruption, de concussion, d’enrichissement illicite, de prise illégale d’intérêts et de complicité dans la gestion du Fonds de développement économique local (FODEL).
Dans un réquisitoire adressé au directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), au directeur central de la police judiciaire ainsi qu’au secrétaire général à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le parquet spécial s’appuie sur les observations définitives de la Cour des comptes issues d’un contrôle portant sur la gestion du FODEL entre 2015 et 2021.
Près de 300 milliards GNF mobilisés, mais à peine la moitié reversée
Institué pour financer les infrastructures de base, les activités génératrices de revenus et les projets de développement dans les collectivités situées à proximité des zones minières, le FODEL est aujourd’hui au cœur de graves interrogations.
Selon les conclusions de la Cour des comptes, douze sociétés minières ont versé 297,636 milliards de francs guinéens entre 2015 et 2020 au titre de leur contribution au développement local. Pourtant, seulement 153,572 milliards GNF, soit 51,5 % des ressources mobilisées, ont été théoriquement transférés aux collectivités bénéficiaires des préfectures de Boké, Boffa, Kindia, Dinguiraye et Siguiri.
Le rapport relève en outre que le comité conjoint chargé du suivi-évaluation du FODEL n’a produit aucun rapport permettant de retracer l’utilisation des fonds alloués aux collectivités concernées.
144 milliards GNF dans le viseur de la justice
Les investigations de la Cour des comptes font apparaître qu’un montant de 144,063 milliards de francs guinéens n’a jamais été transféré aux collectivités bénéficiaires.
Le rapport met en cause le président du comité conjoint du FODEL, qui occupait à l’époque les fonctions de secrétaire général du ministère des mines, présenté comme présumé responsable de cette défaillance dans la gestion des ressources.
L’enquête ne se limite pas à la gestion centrale du fonds. Elle s’intéresse également à l’utilisation des ressources dans plusieurs collectivités locales. A Boké, Dabiss, Tougnifily et Dinguiraye, la Cour des comptes affirme avoir relevé de nombreuses irrégularités portant sur la gestion de plusieurs milliards de francs guinéens.
Parmi les anomalies relevées figurent notamment l’octroi de prêts revolving à des groupements de jeunes et de femmes dont l’existence ou l’identification n’a pu être établie, ainsi que des écarts entre les montants officiellement déclarés par les autorités communales et ceux reconnus par certains bénéficiaires.
Plusieurs anciens responsables locaux, maires, receveurs communaux et membres des comités de gestion du FODEL sont ainsi cités dans le réquisitoire et feront l’objet des investigations.
Une équipe mixte chargée des investigations
Pour conduire cette procédure, le procureur spécial a désigné les substituts Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano, qui assureront la direction de l’enquête.
Les investigations seront menées par une équipe mixte d’officiers de police judiciaire, placée sous la coordination de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF). Leur mission consistera à vérifier les faits relevés par la Cour des comptes, à établir les responsabilités des personnes citées dans le rapport et à identifier toute autre personne physique ou morale susceptible d’être impliquée.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.info
00224 662 78 58 57/salimbalde91@gmail.com
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