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Après s’être rendu à Nongo-Taady pour constater l’ampleur des fissures apparues dans plusieurs habitations et sur certaines portions du sol, un reporter de VisionGuinee a rencontré le géologue et consultant Mamoudou Diawara, ce vendredi 12 juin 2026 à Conakry. Pour l’expert, le phénomène est suffisamment préoccupant pour nécessiter des mesures urgentes de prévention. Il appelle également les autorités à approfondir les études du sous-sol de la capitale afin d’évaluer l’ampleur réelle des risques.
Interrogé sur la gravité de la situation observée à Nongo-Taady et dans la zone de Kiroté, Mamoudou Diawara a d’abord rappelé le contexte géologique dans lequel se situe la Guinée. ‘’La Guinée fait partie du craton ouest-africain. Ce craton est caractérisé dans sa partie occidentale par ce qu’on appelle la ceinture mobile panafricaine qui commence en Mauritanie, passe par le Sénégal, traverse les Bassarides dans les zones de Koundara et de Gaoual avant de finir à Forécariah pour rentrer en Sierra Leone et s’achever au Liberia. Toutes les préfectures situées à proximité de cette ceinture mobile peuvent faire l’objet de secousses sismiques à des degrés différents, selon leur proximité avec cette structure géologique, mais aussi selon l’intensité et la durée des mouvements enregistrés’’, a-t-il expliqué.
Selon le géologue, les fissures observées depuis plusieurs années dans certains secteurs de Conakry doivent être considérées avec le plus grand sérieux.
‘’Depuis quelques années, dans les zones de Kiroté et de Nongo-Taady, nous observons un phénomène de fissuration. Cette fissuration est grave parce qu’elle peut constituer le signe précurseur d’une catastrophe naturelle dont nous ignorons encore la date de survenue. Nous ne connaissons pas non plus son ampleur. Lorsque l’on observe la constitution géologique de Conakry, notamment Kaloum et le Grand Conakry, on constate qu’elle est composée de roches ultrabasiques caractérisées par leurs propriétés aquifères. Elles sont poreuses, perméables et développent des cavités sous l’effet de l’altération’’, a-t-il averti.
L’expert souligne que la forte pluviométrie que connaît la capitale peut accentuer les phénomènes d’érosion et fragiliser davantage le sous-sol. ‘’Conakry connaît une pluviométrie très élevée. Les pluies abondantes favorisent une forte érosion. Plus préoccupant encore, il existe dans toute la capitale des cavernes et des zones caverneuses identifiées à l’époque coloniale par les Français. Il serait important de retrouver ces données afin de localiser précisément ces cavités et de prendre les mesures préventives nécessaires’’, a-t-il recommandé.
Concernant les mesures immédiates à adopter, Mamoudou Diawara estime que l’évacuation des habitations présentant des fissures importantes constitue une priorité. ‘’Ce phénomène n’a pas commencé aujourd’hui. Il dure depuis plusieurs années. J’ai tendance à croire que la zone de Kiroté et de Nongo-Taady pourrait constituer l’épicentre d’une catastrophe à venir. Nous ignorons encore l’intensité de cette éventuelle catastrophe. Pour le moment, les habitants des maisons fissurées doivent quitter les lieux. L’État doit prendre des mesures d’accompagnement et prévoir leur dédommagement ainsi que leur relogement temporaire’’, a-t-il insisté.
Le géologue préconise également des investigations scientifiques approfondies afin de mieux comprendre les transformations qui s’opèrent dans les profondeurs du sous-sol. ‘’Il faut effectuer des études à l’aide de drones et de méthodes géophysiques adaptées. Ces techniques permettront d’identifier les nappes aquifères, les fractures du sous-sol, les cavités et les cavernes. Ces investigations ne doivent pas se limiter à Kiroté et Nongo-Taady. Elles doivent être réalisées dans tout Conakry, puis progressivement dans l’ensemble du pays afin d’établir une véritable carte nationale de prévention des risques naturels’’, a-t-il indiqué.
Pour Mamoudou Diawara, cette problématique dépasse le cadre de la capitale guinéenne. Il rappelle que d’autres localités du pays présentent des caractéristiques géologiques similaires. ‘’Coyah peut également être concernée. L’année dernière, nous avons assisté à un glissement de terrain. Les formations géologiques observées entre Kassa et Coyah présentent des similitudes. Dans certaines zones, des roches solides recouvrent des couches meubles ou des cavités. Lorsque ces vides deviennent trop importants, la nature cherche à rétablir un équilibre. Ce processus provoque des tassements de terrain pouvant entraîner des effondrements’’, a-t-il expliqué.
Évoquant les événements récemment enregistrés dans certaines régions du pays, il insiste sur la nécessité de renforcer la prévention. ‘’Nous avons malheureusement vu les conséquences humaines de ce type de phénomène à Madina l’année dernière avec des pertes en vies humaines et l’effondrement de plusieurs bâtiments. Des secousses sismiques ont également été ressenties récemment à Mamou. Nous sommes face à des phénomènes naturels. La seule réponse possible consiste à mettre en œuvre des mesures préventives et à approfondir les études géophysiques afin de comprendre ce qui se passe réellement en profondeur’’, a-t-il déclaré.
En guise d’appel aux autorités, le spécialiste plaide pour une meilleure connaissance du sous-sol guinéen et l’instauration de règles plus strictes en matière d’urbanisme et de construction. ‘’Il est essentiel de constituer une banque nationale de données regroupant toutes les études géophysiques déjà réalisées. Je recommande également la mise en place d’un programme national de couverture géophysique consacré aux risques naturels. Des forages hydrogéologiques et géotechniques devraient être réalisés dans les zones sensibles. Enfin, il faut rendre obligatoires les études géotechniques avant toute délivrance de permis de construire. Même pour une simple habitation, aucune autorisation de construire ne devrait être accordée sans une étude préalable du sol’’, a conclu M. Diawara.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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