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CONAKRY – La création de la Commission nationale de l’éducation civique et des droits humains suscite des réactions favorables au sein des acteurs de la société civile guinéenne. Au lendemain de la promulgation du décret par le Président de la République, Mamadi Doumbouya, plusieurs défenseurs des droits humains et responsables d’organisations citoyennes ont exprimé leur satisfaction, tout en insistant sur la nécessité de garantir l’indépendance et l’efficacité de cette nouvelle institution constitutionnelle.
Pour Mamadou Kaly Diallo, activiste des droits humains, cette décision constitue une avancée majeure pour la promotion et la protection des libertés fondamentales en Guinée.
« En tant qu’acteur des droits humains, je salue cette promulgation que je considère comme une loi de référence. D’abord parce qu’elle traduit une volonté politique manifeste de mettre en place une institution prévue par notre Constitution. Il ne faut pas oublier que cette commission repose sur un fondement constitutionnel solide. Elle est appelée à jouer un rôle essentiel dans la promotion du patriotisme, des valeurs républicaines ainsi que dans la protection et la promotion des droits humains. C’est une institution qui aura des prérogatives extrêmement importantes et dont la mission fondamentale sera d’accompagner l’État dans la construction d’une véritable culture des droits de l’homme. Pour nous, cette loi représente un véritable soulagement. Nous espérons maintenant que toutes les étapes relatives à sa mise en œuvre seront respectées avec diligence et dans les délais », a-t-il déclaré.
« Les citoyens ne sont jamais suffisamment informés de leurs droits »
Interrogé sur le niveau de connaissance des citoyens concernant leurs droits et devoirs, Mamadou Kaly Diallo estime que le travail de sensibilisation reste immense. « Les droits humains sont un domaine dans lequel l’information et l’éducation doivent être permanentes. Les citoyens ne sont jamais suffisamment informés de leurs droits. C’est un processus évolutif qui nécessite des efforts constants. Même lorsqu’il existe des campagnes de sensibilisation, des formations ou des programmes éducatifs, cela demeure insuffisant face à l’ampleur des besoins. C’est pourquoi cette commission aura notamment pour mission de vulgariser la Constitution ainsi que les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. La construction d’un État de droit passe nécessairement par l’éducation civique, la formation et la sensibilisation des populations. On ne peut pas prétendre bâtir une société respectueuse des droits humains sans investir durablement dans la connaissance des droits et des devoirs citoyens », a-t-il expliqué.
Selon lui, la nouvelle institution devra également s’investir dans l’élaboration de programmes adaptés aux réalités du pays.
« Il faudra élaborer des plans et des programmes capables de renforcer l’enseignement du civisme à tous les niveaux. Le civisme ne doit pas être limité à l’école. Nous en avons besoin dans les administrations, dans les collectivités locales, dans les institutions publiques et privées. On ne peut pas dissocier l’éducation civique des droits humains. Pour moi, un bon citoyen est nécessairement quelqu’un qui connaît ses droits, mais aussi ses obligations. Les deux notions sont indissociables », a-t-il souligné.
« Lutter contre l’impunité pour réduire les violations des droits humains »
Abordant les priorités de la future commission, l’activiste a insisté sur la nécessité de combattre l’impunité. « Aujourd’hui, les causes des violations des droits humains sont largement connues. Le véritable défi consiste à apporter des réponses appropriées pour les prévenir et les réduire. Nous devons lutter contre l’impunité, car elle constitue le terreau qui favorise la répétition des violations. Le respect des droits humains est un facteur de stabilité politique, économique, sociale et sécuritaire. On ne peut pas parler de développement durable sans paix, et il ne peut y avoir de paix sans respect des droits fondamentaux. Les grandes figures internationales l’ont rappelé à plusieurs reprises : lorsqu’un pays néglige les droits humains, il compromet sa sécurité, sa stabilité et son développement. Cette commission devra donc contribuer à renforcer cette culture du respect des droits afin de consolider la paix sociale », a-t-il affirmé.

Une institution constitutionnelle à forte valeur ajoutée
Sur la question des éventuels chevauchements avec d’autres institutions déjà actives dans le domaine des droits humains, Mamadou Kaly Diallo estime que la légitimité constitutionnelle de la commission constitue un atout majeur.
« Cette institution tire sa légitimité directement de la Constitution. Cela lui confère une importance particulière. Bien entendu, son efficacité dépendra également de la qualité des personnes qui seront désignées pour la faire fonctionner. Si les responsables choisis disposent de l’expertise nécessaire, de l’intégrité requise et d’un engagement sincère en faveur des droits humains, alors cette commission pourra jouer pleinement son rôle. En matière de droits humains, la première protection reste la connaissance. Il faut connaître ses droits avant de pouvoir les défendre. C’est pourquoi les missions de formation, d’enseignement et de vulgarisation seront déterminantes pour réduire les violences et les abus qui découlent souvent de l’ignorance des textes et des principes fondamentaux », a-t-il soutenu.
« Un organe hybride qui peut transformer la gouvernance locale »
De son côté, Ibrahima Aminata Diallo, président de la Coalition nationale des acteurs pour la paix et le développement (CONAPAID), considère cette nouvelle commission comme une innovation institutionnelle importante.
« Cette loi était attendue depuis plusieurs mois. Elle répond à des recommandations formulées lors de nombreux ateliers et rencontres consacrés à la gouvernance et à la citoyenneté. Ce qui fait la particularité de cette institution, c’est son caractère hybride. Elle se situe à la fois dans la promotion de la citoyenneté et dans la protection des droits humains. Elle constitue une véritable interface entre les citoyens et les mécanismes de justice. Si elle bénéficie d’une autonomie budgétaire, logistique et administrative réelle, et si les membres qui la composent sont indépendants, crédibles et compétents, alors elle pourra contribuer à transformer la gouvernance locale dans notre pays », a-t-il indiqué.

Pour le président de la CONAPAID, cette institution pourrait également rapprocher davantage les citoyens des mécanismes de protection de leurs droits.
« Les organisations de la société civile travaillent déjà sur le civisme et la citoyenneté. Mais lorsqu’un tel mécanisme est institutionnalisé, cela renforce considérablement nos actions. Les citoyens auront désormais un cadre officiel vers lequel se tourner lorsqu’ils estiment que leurs droits ont été violés. Cette commission peut devenir un véritable rempart contre les abus et un outil de promotion du civisme. Entre la citoyenneté et les droits humains, il n’existe pratiquement aucune frontière. Un citoyen respectueux des lois contribue naturellement à la protection des droits fondamentaux de tous », a-t-il ajouté.
« L’indépendance sera la clé de la réussite »
Concernant la valeur ajoutée de cette nouvelle institution par rapport aux structures existantes, Ibrahima Aminata Diallo met l’accent sur son caractère innovant.
« La Guinée a déjà connu plusieurs institutions chargées de promouvoir la citoyenneté ou les droits humains. Mais cette fois-ci, nous avons affaire à un organe qui réunit les deux dimensions. Cette hybridité constitue une innovation. Elle permettra de rapprocher les acteurs qui œuvrent pour le civisme et ceux qui défendent les droits humains afin qu’ils travaillent ensemble dans une même dynamique. Toutefois, la réussite de cette commission dépendra de plusieurs facteurs essentiels : l’intégrité de ses membres, leur impartialité, leur crédibilité et surtout l’autonomie de l’institution. Elle ne doit être inféodée ni à l’exécutif, ni à l’administration, ni à aucune autre structure de pouvoir. Si ces conditions sont réunies, cette commission pourra non seulement améliorer la situation des droits humains en Guinée, mais également renforcer l’image du pays sur la scène internationale à travers les rapports et les résultats qu’elle produira », a-t-il conclu.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 18 juin 2026 09:13
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