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De Nairobi, s’est élevé, ce 12 mai 2026, un plaidoyer puissant pour une refonte totale des relations entre l’Afrique et le reste du monde. Devant un parterre de 35 chefs d’État dont le Guinéen MamadiDoumbouya, les présidents William Ruto et Emmanuel Macron ont acté le passage d’une ère de « charité » à une ère « d’investissement stratégique », définissant les contours d’une souveraineté africaine assumée. De notre envoyé spécial.
Le Sommet Africa Forward 2026 ne restera pas seulement comme une rencontre diplomatique de plus, mais comme le point de bascule d’un « nouveau paradigme ». C’est du moins ce que renvoient les discours tenus ce mardi par les présidents Macron et Ruto à l’ouverture de la deuxième journée du sommet Africa Forward.
L’Afrique comme solution, non comme problème
Les dirigeants réunis ont discuté non pas de demandes de subventions, mais de mécanismes financiers complexes et de partenariats industriels. Le Président William Ruto, hôte du sommet, a ouvert la deuxième journée avec un mot d’ordre sans équivoque. Pour lui, l’Afrique n’est plus à la périphérie des enjeux mondiaux ; elle en est le centre névralgique. Rappelant qu’en 2050, un humain sur quatre sera africain, il a martelé :
»Les partenariats durables ne doivent pas reposer sur la dépendance, mais sur l’égalité souveraine ; non pas sur l’aide ou la charité, mais sur des investissements mutuellement bénéfiques ; non pas sur l’extraction ou l’exploitation, mais sur des engagements gagnant-gagnant. »
Le dirigeant kényan a exhorté ses pairs et les partenaires internationaux à voir le continent comme un réservoir d’innovation. « L’Afrique n’est pas une partie du problème mondial ; elle est, en fait, la solution aux défis mondiaux actuels », a-t-il déclaré, soulignant que le besoin premier du continent est la création de valeur locale plutôt que l’exportation brute de minerais critiques.
William Ruto a dénoncé un système international « structurellement inégal », où les pays africains paient des intérêts disproportionnés à cause de « perceptions de risques biaisées ». La solution ? L’épargne domestique.
»L’Afrique doit de plus en plus financer l’Afrique. Notre continent détient plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique à long terme. Le problème n’est pas le manque de liquidités, mais l’architecture du risque. »
Pour répondre à ce défi, le lancement du NAFAD (Nouveau Cadre de Développement et d’Architecture Financière de l’Afrique) vise à retenir ces capitaux sur le continent. En soutien à cette dynamique, la France a annoncé son entrée au capital de l’agence ATIDI (African Trade & Investment Development Insurance), basée à Nairobi, pour garantir les investissements et briser le cycle du risque perçu.
La mort du « logiciel de l’aide »
Faisant écho à cette vision, le Président français Emmanuel Macron a reconnu la nécessité pour l’Europe de changer radicalement de regard. Constatant avec lucidité que l’aide publique au développement s’essouffle globalement, il a appelé à un « éco-investissement » massif.
»Ce qu’on veut faire, ce n’est pas apporter de l’aide, ce logiciel est passé. […] On doit penser différemment la relation Nord-Sud. […] La logique dans laquelle nous devons rentrer, c’est celle d’éco-investissement pour bâtir une économie formelle et monter dans la chaîne de valeur. »
Pour Emmanuel Macron, le succès de la souveraineté africaine est une condition sine qua non de l’autonomie stratégique européenne. En investissant dans l’industrie, l’agriculture et l’intelligence artificielle en Afrique, l’Europe s’offre des alternatives aux hégémonies américaines et chinoises, a-t-il observé.

23 milliards d’euros mobilisés
Loin des simples déclarations d’intention, le Forum d’affaires a accouché d’un « choc d’investissement » : 23 milliards d’euros injectés par le secteur privé, dont 14 milliards provenant d’entreprises françaises et 9 milliards de fonds africains réinvestis sur le continent.
Ces fonds visent prioritairement :
Les infrastructures de transport pour dynamiser la ZLECAF.
L’industrialisation verte (géothermie, hydrogène vert).
Le capital humain, en transformant la jeunesse africaine d’un « fardeau » perçu en un « avantage stratégique » par l’éducation numérique.
Dans leur propos respectifs, William Ruto et Emmanuel Macron ont réitéré l’exigence d’une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies pour y inclure une représentation permanente de l’Afrique.
»Il est inadmissible qu’un continent de 1,5 milliard d’habitants soit exclu d’une représentation permanente. Cette inégalité sape la légitimité du système multilatéral », a fustigé William Ruto alors que Emmanuel Macron en appelant à l’unité du continent : « Il n’y a pas plusieurs Afriques. Il y a un seul continent qui doit être respecté. »

Le Sommet de Nairobi envoie un message au monde : L’Afrique ne demande plus le privilège, elle impose l’équité.
Boubacar 1 Diallo
Pour Africaguinee.com
Envoyé spécial d’Africaguinee.com
Créé le 12 mai 2026 12:24
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