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Dans le contexte de « l’Année des Echanges Interculturels et Humains Sino-africains », l’examen des annales des relations internationales nous révèle qu’au-delà de l’excellent partenariat économique et diplomatique, les relations Chine-Afrique réservent une autre dimension moins exposée, mais tout aussi significative, à savoir le Cinéma.
Comme le Musée, le cinéma demeure un vecteur de rapprochement et de dialogue entre les Peuples. C’est aussi un espace de représentation, un miroir dans lequel les Peuples Chinois et Africains se retrouvent, s’apprécient et se respectent mutuellement. Dès lors, examiner la place du cinéma dans lesdits échanges permet de mieux appréhender toutes les dimensions des relations Sino-africaines
Les premiers contacts entre la Chine et l’Afrique à travers le cinéma remontent aux années 1950- 1960, dans le contexte des luttes d’indépendance. A cette époque, la Chine nouvelle s’est résolument engagée auprès des Mouvements de libération nationale et des pays nouvellement indépendants d’Afrique. Le cinéma devenait un moyen de partage d’idéaux politiques et de solidarité agissante. Les films chinois diffusés en Afrique présentaient essentiellement les sacrifices du Peuple Chinois dans son héroïque combat contre les envahisseurs étrangers et les réussites du socialisme. Ces films étaient beaucoup appréciés par les Peuples Africains qui se retrouvaient dans les mêmes combats et les mêmes défis de construction nationale avec le grand Peuple Chinois.
A la même période des cinéastes africains exprimaient un intérêt croissant pour la Chine. Des échanges d’expériences entre réalisateurs, techniciens et institutions cinématographiques ont lieu, posant les bases d’une coopération culturelle prometteuse et faisant du cinéma un centre d’intérêts partagés au service d’une vision commune. La diffusion des films africains en Chine demeurait très limitée du fait que les rares productions africaines souffraient d’un manque de moyens techniques et d’un faible réseau de distribution sur le plan international.
A partir des années 1980, dans le contexte de la mise en œuvre de la politique de « la réforme et de l’ouverture » et le développement croissant des industries culturelles les échanges cinématographiques entre la Chine et l’Afrique entre dans une nouvelle phase. Le cinéma occupe une place de choix dans la coopération culturelle Sino-africaine.
En Afrique, les télévisions nationales, les centres culturels et autres institutions diffusent des films chinois. Très aimés des jeunes africains, les films d’arts martiaux, notamment ceux mettant en scène des acteurs comme Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li, connaissent un succès populaire. Ils contribueront à familiariser les populations africaines avec certains aspects de la riche culture chinoise entre autres ; la discipline, le travail acharné, le patriotisme, l’honneur, le collectivisme, les traditions philosophiques de la sagesse chinoise. Les héros des fims Kung-Fu deviennent des références culturelles partagées par des générations. La popularité du cinéma chinois a démontré que les images pouvaient aisément franchir les barrières linguistiques et les distances géographiques.
Le cinéma contribuait ainsi, à l’intégration de cultures géographiquement éloignées les unes des autres. Pendant ce temps, la Chine développe des initiatives de coopération cinématographiques et audiovisuelles avec les pays Africains. Des festivals de cinéma et d’audiovisuel sino-africains se multiplient. Des programmes de formation, d’échanges et des accords de coproduction sont établis en faveur des cinéastes africains. Ces initiatives contribueront à renforcer les relations culturelles et à produire des récits alternatifs au narratif occidental dominant dans les médias.
En 2000, la création du Forum sur la Coopération Sino-africaine (FOCAC) à Beijing, marque un tournant dans la dynamique des relations Sino-africaines, particulièrement dans le domaine de la coopération cinématographique. Le FOCAC a contribué à la structuration des échanges culturels en accordant une place de choix aux médias dans les différents plans d’action. Des films chinois sont tournés sur le continent Africain, tandis que des réalisateurs africains bénéficient d’appuis et de formations en Chine.
Des Chinois et Africains procèdent à des productions communes. Cette coopération aura permis l’émergence d’un narratif authentiquement sino-africain, mettant en exergue les interactions entre les deux peuples. A cet égard, le cinéma s’est avéré un outil de rapprochement des peuples Chinois et Africains. Aujourd’hui il est aussi devenu un espace de dialogue et d’apprentissage mutuel. Les plateformes numériques et les réseaux sociaux facilitent la circulation des œuvres audiovisuelles.
Grâce au développement croissant des industries cinématographiques africaines, les producteurs chinois manifestent un intérêt croissant pour les marchés culturels africains, comme espaces de diffusion, mais aussi comme partenaires de création. Cette évolution favorise une coopération davantage fondée sur la complémentarité. Dans la perspective de la construction de la Communauté de destin Chine-Afrique, le film n’est pas seulement qu’un produit culturel. Il constitue un dynamique élan des ambitions et des espoirs participant à l’essor de la Coopération Sino-africaine.
Nous avons relevé que durant la période post-coloniale, de nombreux films chinois ont connu une grande popularité en Afrique, notamment ; « le Détachement féminin rouge » (un film emblématique qui raconte l’histoire d’une unité féminine révolutionnaire en Chine) ; « L’Orient rouge » (un film-spectacle musical sur la révolution chinoise) ; « The White-haire girl » (la Fille aux cheveux blancs raconte l’histoire d’une paysanne militante, symbole de la résistance révolutionnaire).
Les Peuples épris de paix et de justice et les Mouvements de libération se retrouvent dans le thème de la lutte contre l’exploitation et la domination impérialiste. Les films de Kung-Fu chinois dont « la Fureur de vaincre », « l’Opération Dragon », « le Jeu de la mort », présentant l’image du héros qui combat l’injustice, brave la peur et le danger ont enregistré de remarquables succès. Ils ont profondément marqué l’imaginaire de nombreux africains et laissé une forte empreinte dans la culture populaire africaine.
Cette année 2026, le film documentaire réalisé par le jeune Africain-Camerounais Dr. Taling T. Rodrigue « Rêve de Kung-Fu », coproduit par la société Zhejiang Zhuowei Film and Television Co. Ltd et l’Institut d’Etudes Africaines de Zhejiang Normal University, qui nous a été présenté à l’occasion de la célébration de la « Journée de l’Afrique », le 25 Mai, est un véritable musée ouvert. Il raconte le voyage d’un jeune homme qui part de Bafoussam, son village natal au Cameroun. Il surmonte les difficultés linguistiques, les différences culturelles et retrouve au bout de son odyssée une partie de sa personnalité dans l’univers des arts martiaux chinois.
En Chine, il découvre dans les arts martiaux le langage culturel qui met en symbiose des caractéristiques notables des civilisations chinoise et Africaine. Comme dans un voyage initiatique à travers la grande Chine, Dr. Taling T. Rodrigue chemine sur la voie qui mène à son épanouissement et à la réalisation de son rêve ; le rêve chinois d’un jeune Africain. Dans la pratique des arts martiaux chinois, il introduit une part des traditions martiales d’Afrique. Le Kung-Fu chinois apparait comme le creuset d’une source d’où jaillit la science accédant à la force tranquille, à la rigueur dans l’action, au perfectionnement intérieur, faisant écho avec l’esprit propre aux arts martiaux dans les cultures traditionnelles africaines.
De ce « rendez-vous du donner et du recevoir », centre de rencontre de deux univers culturels Chinois et Africain Dr. Rodrigue a puisé l’élixir de son voyage en Chine. Dans ce pays multiethnique, il a étudié et maîtrisé la langue. A travers le Kung-Fu, il a acquis une compréhension profonde des traditions chinoises et découvert les liens étroits existant entre les cultures chinoise et africaine.
En participant en qualité d’acteur secondaire au tournage du film « Rêve de Kung-Fu », j’ai relevé toute la signification symbolique de ce chef d’œuvre cinématographique qui transmet un vibrant message d’ordre culturel aux jeunes Chinois et Africains au-delà de son aspect divertissement. Ledit message les invite à œuvrer pour apporter une contribution intellectuelle et juvénile à la construction d’un authentique récit Sino-africain afin de redresser le narratif occidental biaisé sur l’Afrique et les relations Sino-africaines.
Le message enseigne que le Kung- Fu n’est pas seulement qu’un art martial. Il est aussi un véritable langage, un espace de partage d’idéaux, un instrument de compréhension et de respect mutuel dans le dialogue des civilisations. De ce film documentaire « Rêve de Kung-Fu » les jeunes générations doivent garder à l’esprit que les échanges culturels constituent le chemin idoine pour la construction de la Communauté de destin Chine-Afrique encore plus solide. Le film s’inscrit en droite ligne de la diplomatie culturelle au bénéficie des peuples Chinois et Africains.
Prof. Yoro DIALLO
Chercheur Principal/Directeur Exécutif du Centre d’Etudes Francophones
Directeur du Musée Africain et du Musée des Echanges Chine-Afrique
Winner of 2024 Chinese Government Friendship Award
Institute of African Studies, Zhejiang Normal University, CHINA
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