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Deux ans après la disparition de Foniké Menguè et de Mamadou Billo Bah, deux responsables du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), le défenseur sénégalais des droits de l’homme Alioune Tine appelle à faire toute la lumière sur cette affaire. Dans un entretien accordé à RFI, le fondateur du think tank Afrikajom Center qualifie cette situation de scandaleuse et estime que la communauté africaine et internationale ne peut plus rester silencieuse.
Au micro de Guillaume Thibault, l’activiste sénégalais a qualifié de ‘’scandaleux’’ l’évènement de ces deux figures du FNDC. ‘’C’est révoltant parce que Billo Bah et Foniké Menguè, c’étaient les leaders de la société civile guinéenne qui ont travaillé avec beaucoup de courage, qui ont permis la démocratie et puis qui ont été enlevés par des personnes. Ils les ont amenés à la gendarmerie de Hamdallaye, puis au palais Mohammed V, ensuite dans les îles Fotoba. Et on ne les a plus revus’’, explique-t-il.
Le défenseur des droits humains estime qu’il est ‘’temps de mettre un terme à cette situation, parce que la vie des Guinéens, ça compte’’.
Sur les critiques formulées par les familles des disparus à l’égard de la justice guinéenne, Alioune Tine affirme que les chances d’obtenir des réponses au niveau national restent limitées.
Il assure qu’en Guinée, “les institutions judiciaires sont sous contrôle. La seule possibilité aujourd’hui, c’est au niveau africain : la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, la Cour de justice de la CEDEAO, ainsi que les plaintes déposées en France’’.
Interpellé sur la procédure engagée en France en juillet 2024 par les avocats des familles, le sénégalais se montre réservé sur ses chances d’aboutir. ‘’Tant que les gens sont au pouvoir, c’est extrêmement difficile. Et maintenant, j’ai l’impression que l’influence que la France avait à l’époque a beaucoup baissé. Donc, la France fait vraiment attention quand elle est en Guinée. Et cette situation ne peut pas continuer. On ne peut pas développer la Guinée par la peur et par les violations des droits de l’homme’’, soutient-il.
Commentant les données publiées par Tournons La Page Guinée, qui affirme avoir recensé 35 cas de disparitions forcées et 12 cas d’enlèvements arbitraires depuis la prise du pouvoir par les militaires le 5 septembre 2021, Alioune Tine décrit une dégradation préoccupante des libertés publiques.
‘’Aujourd’hui, dès que vous êtes opposant, activiste des droits de l’homme ou même journaliste d’investigation, vous n’avez plus la possibilité de vivre en Guinée. Soit vous êtes contraint à un exil forcé, comme Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, qui étaient les principaux opposants. C’est aussi le cas de nombreux membres de la société civile guinéenne installés dans la sous-région ou en Europe, parce qu’ils ne peuvent plus vivre en Guinée Conakry en raison de leurs idées et de leurs convictions’’, déplore-t-il.
Le fondateur d’Afrikajom Center regrette ce qu’il considère comme une réaction insuffisante de la communauté internationale.
‘’Tout cela se déroule dans un silence extrêmement inquiétant. Ni l’Union européenne, ni l’Union africaine, ni même les Nations unies, même s’il y a eu quelques interventions de leur part, elles sont restées timides. Je pense que la communauté africaine et internationale doit regarder de plus près ce qui se passe en Guinée sous le règne du général Doumbouya. On a l’impression qu’on est en train de revivre les pires moments de Sékou Touré’’, dénonce Alioune Tine au micro de RFI.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.info
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