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Depuis l’apparition de fissures inquiétantes dans les quartiers de Kiroté et Nongo-Taady, à Conakry, de nombreuses interrogations agitent l’opinion publique. Parmi les explications avancées par certains citoyens, la multiplication des forages d’eau dans la capitale est souvent pointée du doigt comme étant à l’origine de ces mouvements de terrain.
Interrogé par un reporter de VisionGuinee, lors d’un entretien accordé ce vendredi 12 juin à Conakry, le géologue Mamoudou Diawara écarte cette hypothèse, tout en reconnaissant que les forages peuvent jouer un rôle dans l’aggravation du phénomène. ‘’Dire que les forages sont à l’origine de ce phénomène naturel est inexact. Comme je l’ai expliqué au début de cet entretien, il faut tenir compte du contexte géologique, tectonique et sismique, tant régional que local, de la Guinée. Dans la situation que nous vivons aujourd’hui, il faut faire la part des choses. Les causes du phénomène sont naturelles. Elles sont liées à la géologie, à la tectonique et à la sismicité de la région, notamment parce que nous nous trouvons dans ce qu’on appelle une ceinture mobile, c’est-à-dire une zone instable’’, a-t-il expliqué.
Selon l’expert, si les phénomènes naturels sont à l’origine des fissures observées, certaines actions humaines peuvent néanmoins accentuer les risques. Il cite notamment les constructions réalisées sans une connaissance préalable de la nature du sous-sol. ‘’Il existe des facteurs aggravants. Les constructions anarchiques en font partie. Quand je parle de constructions anarchiques, je fais référence à celles qui ne tiennent pas compte de la qualité et de la nature du sol. Les études géotechniques ne sont souvent pas réalisées en amont. De plus, l’État ne dispose pas toujours d’informations géophysiques précises sur l’emplacement des cavités et des cavernes souterraines. Ce manque d’informations peut conduire à la construction d’une maison ou même d’un immeuble de plusieurs étages au-dessus d’une cavité. Le risque est alors considérable. Un tel bâtiment peut, un jour, s’affaisser ou s’effondrer’’, a-t-il averti.
Revenant sur la polémique autour des forages d’eau, Mamoudou Diawara insiste sur le fait qu’ils ne constituent pas l’origine des fissures constatées à Kiroté et Nongo-Taady. ‘’Concernant les forages, j’y reviens : ils ne sont que des facteurs aggravants, mais ils ne constituent pas la cause du phénomène. Même si l’on arrêtait tous les forages aujourd’hui, les fissures continueraient d’apparaître, car le phénomène est avant tout naturel’’, a-t-il affirmé.
Le géologue plaide ainsi pour une approche fondée sur la prévention, la recherche scientifique et une meilleure connaissance du sous-sol guinéen. ‘’Je suis géologue, et non géophysicien ou sismologue, mais mes connaissances générales dans ce domaine me permettent d’affirmer qu’il faut privilégier la prévention’’, a-t-il indiqué.
Abordant les mesures visant à encadrer les forages d’eau, il s’est montré favorable à l’initiative annoncée par le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement pour mieux contrôler les prélèvements. ‘’J’ai entendu le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement évoquer la nécessité d’installer des compteurs pour mieux réguler les prélèvements. C’est une bonne initiative. Mais il faut d’abord évaluer les réserves disponibles, la quantité d’eau contenue dans les nappes et les volumes pompés quotidiennement par la population. Ces données sont relativement faciles à obtenir. Les hydrogéologues sont mieux placés que moi pour le confirmer. Il est possible d’évaluer une nappe phréatique et de déterminer le débit d’un forage. À partir de ces informations, on peut conseiller la population et définir des seuils à ne pas dépasser afin d’éviter d’aggraver les phénomènes de fissuration’’, a-t-il détaillé.
En conclusion, Mamoudou Diawara réaffirme avec fermeté son analyse : ‘’Je le répète, je le maintiens et je le signe : les forages ne sont pas la cause des fissures. Les causes sont naturelles et relèvent de facteurs géologiques, tectoniques et sismiques’’.
Par cette mise au point, le spécialiste invite donc à dépasser les explications simplistes et à privilégier les études scientifiques ainsi que les mesures de prévention pour mieux comprendre et limiter les risques liés à ces mouvements de terrain.
Salimatou BALDE pour VisionGuinee.Info
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